Editorial
Une initiative qui promet le chaos
Pour la première fois en Suisse, les personnes de plus de 65 ans sont plus nombreuses que les jeunes de moins de 20 ans. L’Office fédéral de la statistique (OFS) a récemment révélé ces chiffres, qui montrent une Suisse vieillissant plus vite que prévu et dont la pyramide des âges commence à dangereusement vaciller sur sa base. Dans le Jura, la tendance est encore plus marquée, avec un chiffre qui interpelle : notre canton a enregistré 579 naissances en 2024, contre 828 en 1999, soit une baisse de… 30% en 25 ans !
Ces chiffres montrent toute l’inopportunité de l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », sur laquelle nous voterons le 14 juin prochain. Le texte de l’UDC veut imposer un plafond arbitraire au-delà duquel l’immigration devrait être drastiquement limitée. Ce faisant, la Suisse se priverait d’importer les forces vives dont elle a besoin, laissant les déséquilibres démographiques entre les générations se creuser inexorablement. Une projection peu réjouissante d’une Suisse se transformant progressivement à une vaste maison de retraite.
Nos entreprises, déjà confrontées à une pénurie de main d’œuvre, en seraient directement fragilisées. Rappelons simplement que quelques 450'000 personnes manqueront à l’appel à l’horizon 2050, en raison du départ en retraite des baby-boomers, pas totalement remplacés par les cohortes plus jeunes. Sans immigration, des secteurs déjà sous tension comme la santé, les soins en général, la restauration, l’industrie, seraient alors confrontés à un vrai casse-tête pour trouver les ressources nécessaires pour simplement assumer leurs tâches. Qui pour prodiguer des soins aux personnes âgées si l’on ferme les portes de la Suisse aux travailleurs européens ?
Mais il y a plus grave avec cette initiative : en limitant l’accès à notre marché du travail aux personnes des pays voisins, le texte remet directement en question l’accord sur la libre-circulation des personnes avec l’Union européenne (UE). Celui-ci étant assorti de la clause guillotine, l’ensemble des accords bilatéraux sont mis en péril. A un moment où les droits de douane, le franc fort et les incertitudes extrêmes posent des défis majeurs à nos entreprises, est-il vraiment judicieux de leur créer de nouveaux problèmes ? A vrai dire, c’est le chaos que cette initiative promet, alors que notre pays a besoin de stabilité et de prévisibilité dans nos relations avec nos voisins. Il faut donc résolument dire NON à un texte qui menace directement notre prospérité.
C’est pourquoi la CCIJ s’engagera contre cette initiative néfaste, aux côtés d’une large alliance politique et économique.
Merci de votre confiance … et de votre soutien !
Pierre-Alain Berret
Directeur de la CCIJ