3 questions à
Stéphane Villat, vous êtes commerçant et membre du Comité de la CCIJ. A ce titre, vous défendez avec conviction le commerce local. Le Comptoir du Jura, dans son nouveau format, vient de fermer ses portes. Quel est le climat des affaires que vous avez pu ressentir à l’occasion de cette grande foire d’automne ?
L’ambiance était excellente ! Les visiteurs ont très bien accueilli cette nouvelle formule, qu’ils ont particulièrement appréciée pour son côté plus convivial et plus confortable. Sur le plan commercial, nous avons réalisé d’excellentes affaires, avec des résultats comparables à ceux des éditions précédentes.
Ce qui ressort également, c’est la grande satisfaction des exposants, qui ont vécu cette manifestation dans une atmosphère particulièrement agréable, empreinte de confiance et de proximité. Nous avons eu le plaisir de rencontrer un public très varié, de toutes les générations et venu de toutes les régions du Jura et Jura bernois, mais aussi du Laufonnais et de Suisse romande.
À mes yeux, ce Comptoir confirme que le commerce local a toute sa place dans ce type de manifestation. Les visiteurs ont envie de découvrir les produits, de rencontrer les commerçants, de faire de bonnes affaires et de partager un moment convivial. C’est très encourageant pour l’avenir et cela démontre toute l’importance de maintenir des rendez-vous qui font vivre notre économie régionale.
Plus largement, on sait que le commerce de détail traverse une période plutôt difficile. Dans le Jura, la prochaine fermeture du magasin Manor à Delémont, de même que les problèmes rencontrés par l’Association du commerce jurassien, sont en quelque sorte les révélateurs de ces grands défis actuels du secteur. Quelles sont, selon vous, les causes principales et comment analysez-vous la situation ?
Le phénomène que nous observons aujourd’hui dépasse largement les frontières du Jura : le commerce de détail traverse une profonde transformation à l’échelle mondiale. Les habitudes de consommation évoluent, les clients se déplacent moins spontanément dans les magasins et achètent de plus en plus souvent en ligne. La facilité de comparer les prix, la rapidité des achats et l’offre quasi illimitée des grandes plateformes internationales représentent une concurrence considérable pour le commerce traditionnel.
À cela s’ajoutent le tourisme d’achat, la pression sur le pouvoir d’achat et l’évolution des attentes des consommateurs, qui recherchent à la fois des prix attractifs, de la qualité, du conseil et de la proximité.
Face à cette réalité, nous devons constamment nous remettre en question. Il ne suffit plus d’ouvrir son magasin et d’attendre que les clients viennent. Il faut leur donner envie de se déplacer, leur proposer des offres attractives, renouveler régulièrement son assortiment et surtout leur faire vivre une véritable expérience en magasin.
Ces évolutions représentent un défi majeur pour nos commerces, mais je pense qu’il ne faut pas céder au pessimisme. Le commerce de proximité a encore de nombreux atouts. Il doit toutefois continuer à évoluer pour répondre aux nouvelles attentes des clients et démontrer chaque jour sa valeur ajoutée.
Une question pour terminer : vous parlez de tourisme d’achat, d’achats en ligne, est-ce qu’il faut se résigner face à ces grandes tendances destructrices ou y a-t-il des mesures à prendre, très concrètes, pour soutenir efficacement les commerçantes et commerçants jurassiens ?
Non, je pense qu’il ne faut surtout pas se résigner. Nous devons agir ensemble pour maintenir un commerce local vivant et attractif.
Dans notre secteur de l’ameublement, nous avons la chance de proposer une expérience qui reste difficilement remplaçable sur Internet. Les clients ont besoin de conseils personnalisés, ils veulent toucher les matières, tester le confort d’un canapé ou d’une literie, caresser un velours ou apprécier la beauté et l’authenticité d’un bois massif. Le choix d’un meuble ne se résume pas à une photo ou à un prix affiché sur un écran : il fait appel aux sens, au confort et à l’émotion. C’est là que notre rôle de commerçant prend tout son sens.
Mais les commerçants ne peuvent pas agir seuls. Il faut renforcer les collaborations entre les commerces, les associations professionnelles, les communes et le Service cantonal de l’économie. Nous avons notamment relancé le projet de bons d’achat attractifs : imaginez pouvoir acheter un bon de 100 francs en ne le payant que 85 francs ! Ce serait un véritable coup de pouce pour les consommateurs et pour l’ensemble des commerces de notre région.
Enfin, les animations et les événements doivent continuer à faire vivre nos villes et villages. Chaque achat local soutient nos entreprises, nos emplois et la vitalité de notre région. Nous avons des solutions, à condition de travailler ensemble et d’agir.
M. Villat, un grand merci pour vos appréciations.
Stéphane Villat, directeur de Villat Meubles et membre du Comité de la CCIJ